La transition écologique! Quand notre cerveau peut nous jouer des tours!

Publié le 29 décembre 2025 à 15:31

Récupération d'article du 26 novembre 2019

Bonjour, je mets à votre disposition un texte que j'ai soumis à un concours. Malheureusement, cet article n'a pas été choisi, mais je crois que vous aurez plus avantage à avoir cet article sur le web. Vous pouvez partager si cette réalité vous touche et que vous souhaitez faire avancer la cause. En réalité, nous pouvons tous faire quelques choses, mais c'est avant tout les gouvernements qui feront avancer la lutte contre les changements climatiques. Je vous laisse sur l'article! 

Le sujet de l’heure en ce moment est l’environnement. Nous entendons à tous les coins de rue parler d’environnement. On nous parle, entre autres, des manières de réduire notre empreinte écologique, des manières de limiter nos émissions de gaz à effets de serre et des manières de diminuer la production de déchets en adoptant de meilleures habitudes de consommation. Bien que les médias en parlent allègrement dans leurs bulletins de nouvelles et que de plus en plus, le bouche-à-oreille fait en sorte que nous sommes plus sensibilisées à la cause, il reste que nous avons de la difficulté à intégrer les changements nécessaires pour diminuer notre impact écologique sur l’environnement. Pourquoi est-ce si difficile pour l’être humain d’effectuer de si minimes changements dans son mode de vie? En quoi le déni environnemental influence-t-il les changements apportés par ces individus? Est-ce que notre mode de société capitaliste influe sur la façon dont nous choisissons de changer ou non? Devrait-on plutôt développer un modèle de société basée sur le partage? Quels seraient les obstacles et les facilitateurs qui seraient au cœur des débats populaires? Le changement au terme psychologique sera exploré ainsi que l’influence de la mentalité sur cet aspect. De plus, la notion de déni environnemental sera analysée dans le but de faire des liens avec l’aspect précédemment. Enfin, une analyse de la société en tant que vecteur de changement environnemental sera réalisée.

Les années 1970 furent des années où les changements climatiques ont été constatés pour la première fois dans les modélisations climatiques. En effet, « Avant la Seconde Guerre mondiale, le climat était globalement perçu comme plutôt stable, peu susceptible d'être influencé par les activités humaines. » (Dahan Dalmedico & Guillemot, 2006) À cette époque, notre opinion sur la question a drastiquement changé et nos habitudes et convictions ébranlées. Depuis ce temps, est-ce que notre intention de changer nos habituelles a réellement changée ? Selon une revue de littérature effectuée par Shaul Oreg, il y :

« Aurait six sources de résistance aux changements attribuable à nos propres particularités. Les six sources sont la réticence à perdre le contrôle, les rigidités cognitives, le manque de résilience psychologique, l’intolérance à la période d’ajustement nécessaire, la préférence pour un faible niveau de stimulation ou de nouveauté et la réticence à laisser aller ses anciennes habitudes [traduction libre] » (Oreg, 2003).

Ces résistances aux changements peuvent s’appliquer à divers contextes tels le contexte organisationnel et le contexte de consommation de produit (Oreg, 2003). Il est possible d’extrapoler la théorie et de l’appliquer à une perspective de réticence aux changements climatiques. En effet, on peut observer que la variabilité individuelle détermine comment la personne va gérer sa transition écologique et aider d’autres à le faire. Ces variabilités individuelles font en sorte que la personne peut agir en utilisant le déni pour se protéger de la menace ou s’engager dans la transition (Weiss, Girandola, & Colbeau-Justin, 2011). Cela renvoie à la théorie du modèle transactionnel du stress ou à d’autres modèles qui incorporent la gestion de la menace. Le cerveau traite alors l’information sous forme de deux processus : les processus primaires et les processus secondaires. Les processus primaires constituent à l’évaluation de la pertinence de la menace soit de déterminer si la menace est suffisamment importante pour y prêter attention. Les processus secondaires évaluent les ressources disponibles pour faire face à la menace. La décision que l’individu prend est fonction de la balance entre sa propre fragilité émotionnelle, de ses valeurs et de ses traits de personnalité individuelle (Lazarus & Folkman, 1894; Weiss et al., 2011). Là, on peut voir que la personnalité humaine est au cœur de nos actions dans la transition écologique. En somme, l’humain est au cœur d’une bataille contre une menace soi-disant réelle, mais du même niveau, certes, qu’un examen final de mathématique.

Selon la façon dont la personne gère la menace, il peut y avoir soit un processus d’évitement ou un processus de confrontation de la menace. Ceci s’appliquerait dans notre cas précis à une implication dans la transition écologique. Ce présent paragraphe sera consacré aux réactions qui viennent avec le processus d’évitement, dont le déni et l’oubli. Selon plusieurs auteurs décrits dans le livre « Psychologie des émotions » de Oliver Luminet, le déni, l’oubli, l’évitement et le désengagement tant cognitif que comportemental entre autres, font partie des réactions d’évitement d’une situation anxiogène (Luminet, 2008). De même, en environnement, comme dans d’autres situations anxiogènes qui engagent des réactions d’évitement, des personnes utilisent le déni en trouvant des excuses à leur comportement, ou en se disant: « Je n'ai pas de pouvoir sur la situation. Je ne peux rien faire. » La situation est décriée par une analyse de Tomaž Grušovnik de l’Université de Primorska en Slovénie. Celui-ci en vient à la conclusion que :

« Les gens peuvent être enclins à nier la dégradation de l’environnement parce que leurs identités personnelles, tout comme la quête du sens de leur vie, relèvent d’un modus vivendi consumériste. Confrontés, consciemment ou inconsciemment, au dilemme de soit accepter que ce style de vie met en danger la vie sur la planète leur bien-être aussi bien que celui de leurs enfants- et ainsi d’accepter les conséquences et la responsabilité de changer, soit de refuser la croyance que la dégradation de l’environnement se produit du tout, ils choisissent cette dernière option (Grušovnik, 2012). »

Il s’agit d’une situation qui est relativement nouvelle, qu’on appelle déni environnemental et qui est «motivé par le manque d’alternative solide autour desquelles pourraient se construire des identités plus vertes» (Grušovnik, 2012). La construction d’une identité verte est plus ou moins marquée en fonction de la taille de la ville et des services disponibles pour le transport actif (CIRANO & IET, 2015; Frumkin, 2002; Gauvin et al., 2005) et en fonction des espaces et des services disponibles pour la récupération et le compostage (Institut de la statistique du Québec, 2016; Recyc-Québec, 2017). De plus, la construction de l’identité verte est aussi associée à un manque d’informations pertinentes sur les sujets de la situation énergétique, de la provenance du pétrole consommé au Québec, des énergies renouvelables. Il est possible de constater que la perception associée au changement climatique varie selon la région administrative, le niveau d’éducation, la langue parlée, le sexe, le revenu et l’état psychologique de la personne. Toute la construction de cette nouvelle identité est influencée par « l’Internet, la presse écrite, des organisations ou associations spécialisées, les fournisseurs d’énergies, la documentation et les publications officielles des gouvernements, etc. ». En somme, les climato-sceptiques, n’ayant pas l’impression d’avoir de l’influence sur leur consommation énergétique sont plus enclins à ne pas faire de changement dans leur mode de vie (CIRANO & IET, 2015). La prochaine étape dans la course à la transition écologique serait sans contredit d’aider ces personnes climato-septiques à accepter la réalité telle qu’elle est.

La société actuelle a aussi un impact majeur sur la promotion d’un mode de vie polluant. La société, qu’on qualifie de capitalisme, celle qui a le monopole en Amérique du Nord nous permet certes la croissance économique, mais cette société a-t-elle oublié que nous vivons sur une terre empruntée. Selon Patrick Viveret, notre mode de pensées est « structuré par la fameuse trinité macroéconomique croissante, compétitivité, emploi, sans savoir de quel type de croissance, de quel type d’emplois on parle ». Également, «nous ignorons les vaincus du système, la priorité sera de rétablir la compétitivité, nécessaire à la croissance, elle-même condition de l’emploi…» (Viveret, 2015). Un cercle vicieux qui en un sens se répercute sur les gens avec les politiques instaurées qui engendrent une certaine stratification sociale (Alice, 2015), mais aussi sur nos priorités en matière d’environnement (Lamari & Landry, 2003). Si du jour au lendemain, nous devions changer de mode de société pour devenir une société durable, qu’en serait-il des changements à apporter? Selon Rémi Rousseau (2013), il faudrait avant tout changer les valeurs qui nous animent en tant qu’être humain. Les valeurs individualistes d’aujourd’hui devront changer pour des valeurs de coopération, essentielles à l’instauration des changements nécessaires. De cela, il ne faut pas négliger l’influence des réseaux sociaux qui peuvent empêcher des tentatives de changement sociétales et l’impact de l’effet domino dans le changement de valeurs. L’influence des gouvernements est essentielle à diriger une telle transition de société. Le gouvernement en place se doit d’être cohérent et de définir de nouvelles normes en faisant fit de toutes les influences diverses qui sont contraires aux objectifs d’un tel gouvernement. Le but premier d’un tel gouvernement serait alors de satisfaire uniquement aux buts sociétaux et non plus aux buts sociétaux et de moyens comme aujourd’hui avec la croissance économique. De même, il serait plus approprié qu’une telle société se bâtisse de manière évolutive et non pas dans l’urgence. Le plus grand danger dans ce modèle est la résistance des gouvernements en place, du système de consommation actuelle qui connaît parfaitement comment nous cibler et du fait, des résistances individuelles et collectives. L’influence des médias sociaux sera une nouvelle aide pour transmettre le message en portant attention aux tentatives pour déjouer la transmission. De plus, informer la population et éduquer à de nouvelles valeurs la population seront des outils très utiles (Rousseau, 2013). Il ne faut pas oublier les dépenses technologiques et financières à améliorer pour en arriver à cette société durable (Rousseau, 2013). En ce sens, une telle société est possible, mais non pas sans décider de faire le pas dans une nouvelle réalité. Sommes-nous prêts en tant qu’humanité à psychologiquement nous délaisser de nos valeurs pour réellement faire des efforts pour la planète? Je dirais que tant que nous nous cacherons la tête dans le sable à chaque fois que nous entendons parler du sujet, nous n’arriverons à rien.

 

Figure 1. Les causes multiples de la résistance au changement (adapté de : (Bareil, 2004))

Individu  Collectif/culturel  Politique  Changement

Dispositions

psychologiques :

traits, personnalité  Préférence pour la stabilité  Perte de droits acquis  Enjeux de pouvoir  Complexité du changement

Causes

psychanalytiques :

mécanismes de

défense   Système social systémique  Perte d’autorité, de ressources  Sens accordé au changement

Incompréhension

du changement  Normes sociales  Soutien des groupes d’intérêt Légitimité du changement

Caractéristiques

personnelles : âge,

antécédents Caractéristiques culturelles  Coalition dominante Type de changement radical : ex. downsizing

Vécu antérieur et

expériences de vie Valeurs, rites et histoire Influence des sous-groupes Syndrome du changement répétitif

Peurs (de perdre

des acquis et de ne

pas être capable)                                    Influence des personnes valorisées

Pertes : sécurité,

pouvoir, utilité,

compétences,

relations, territoire,

repères                                                      Pouvoir du syndicat

Ratio

coûts/bénéfices

 

NB : L’article traite seulement de certains aspects de ce tableau, mais beaucoup d’autres facteurs s’appliquent aux modèles du stress décrit aux premiers paragraphes. Cela permet de vous montrer la complexité de la situation psychologique qui intervient dans un processus de changement comme la transition écologique.

Pour conclure, la transition écologique est effectivement une mode très populaire pour certains, mais elle est en fait un sujet sérieux qui nécessite des moyens sérieux. En réalité, nous oublions parfois que nous pouvons éprouver des sentiments contradictoires à la transition écologique et que nous devons être capables de faire évoluer les réticences psychologiques. Pour ce faire, l’influence de la personnalité sur les mécanismes de résistances aux changements a été étudiée, de même que le processus qui amène une personne à éprouver du déni environnemental et des facteurs influant dans le développement de ce déni environnemental. Aussi, l’exposition d’un modèle de société durable et les changements nécessaires à son apogée sont décrits. Finalement, il serait intéressant d’étudier les processus psychologiques qui accompagnent la transition écologique pour mieux nous préparer à une réalité qui nous sera imposée. En effet, peu de littérature traite de ces processus d’une manière explicite, ce qui ne nous aide pas à effectuer les changements nécessaires. En espérant que nous prendrons la question au sérieux dans les prochaines années en n’oubliant pas que nous demandons avant tout à des humains de changer de mode de vie.

 

Référence :

 

Alice, L. G. (2015). Stratification, luttes sociales et démocratie chez Charles Wright Mills. Astérion, 13(13).

 

Bareil, C. (2004). La résistance au changement: Synthèse et critique des écrits (Vol. 4). Montréal: CÉTO.

 

CIRANO, & IET. (2015). L'énergie et les changements climatiques: Perception des Québécois. Montréal: Archive et Bibliothèque Canada.

 

Dahan Dalmedico, A., & Guillemot, H. (2006). Changement climatique : Dynamiques scientifiques, expertise, enjeux géopolitiques. Sociologie du Travail, 48(3), 412-432. doi: https://doi.org/10.1016/j.soctra.2006.05.001

 

Frumkin, H. (2002). Urban Sprawl and Public Health. Public Health Reports (1974-), 117(3), 201-217.

 

Gauvin, L., Richard, L., Craig, C. L., Spivock, M., Riva, M., Forster, M., ... Potvin, L. (2005). From walkability to active living potential: An “ecometric” validation study. American Journal of Preventive Medicine, 28(2, Supplement 2), 126-133. doi: https://doi.org/10.1016/j.amepre.2004.10.029

 

Grušovnik, T. (2012). Environmental Denial: Why We Fail to Change Our Environmentally Damaging Practices. Synthesis philosophica, 27(1), 91-106.

 

Institut de la statistique du Québec. (2016). Les habitudes de compostages des ménages québecois. Québec: Bibliothèque et archive Canada.

 

Lamari, M., & Landry, R. (2003). Contexte socio-politique de la prise de décision dans le domaine de la préservation de l'environnement. Dans Guérin M, Gosselin P, Cordier S, Viau C, Quénel P, & Dewailly É (Éds.), Environnement et santé publique- Fondements et pratiques (pp. 957-974). Acton Vale/Paris: Edisem/Tec & Doc.

 

Lazarus, R. S., & Folkman, S. (1894). Stress, Appraise and Coping. Allemagne: Springer Publishing Company.

 

Luminet, O. (2008). Psychologie des émotions. Belgique: De Boeck Supérieur.

 

Oreg, S. (2003). Resistance to change: Developing an individual differences measure. Journal of Applied Psychology, 88(4), 680-693. doi: 10.1037/0021-9010.88.4.680

 

Recyc-Québec. (2017). Bilan 2015 de la gestion des matières résiduelles au Québec. Québec: Bibliothèque et Archives Canada.

 

Rousseau, R. (2013). Initier le changement vers une société durable: Définition d'un nouveau modèle sociétal. (Mémoire de maîtrise). Université de Sherbrooke; Université de technologie de Troyes, Sherbrooke, QC.

 

Viveret, P. (2015). Écologie : pourquoi bouge-t-on si peu ? Revue Projet, 344(1), 74-78. doi: 10.3917/pro.344.0074

 

Weiss, K., Girandola, F., & Colbeau-Justin, L. (2011). Les comportements de protection face au risque naturel : de la résistance à l’engagement. Pratiques Psychologiques, 17(3), 251-262. doi: https://doi.org/10.1016/j.prps.2010.02.002

 

Amicalement Vôtre

La petite musicière

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